Télé expertise en dermatologie libérale : 3 ans d’expérimentation innovante en région Corse

HISTORIQUE

La télémédecine est pratiquée officiellement depuis 1920, année de la première licence pour radio de service médical aux bateaux publiée à New-York. C'est le 8 novembre 1994 qu'eu lieu la première démonstration de télémédecine : un examen scanner à rayons X avait été piloté depuis l'Hôtel-Dieu de Montréal (Canada) sur un patient situé dans l'appareil de l'Hôpital Cochin, à Paris (France). En 2001, une opération de télé chirurgie a été réalisée entre New York (où était le chirurgien) et Strasbourg (où était la patiente).

QU’EST-CE QUE LA TELEMEDECINE ?

La télémédecine est une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l'information et de la communication. Elle met en rapport, entre eux ou avec un patient, un ou plusieurs professionnels de santé, parmi lesquels figurent nécessairement un professionnel médical et, le cas échéant, d'autres professionnels apportant leurs soins au patient.
Elle permet d'établir un diagnostic, d'assurer, pour un patient à risque, un suivi à visée préventive ou un suivi post-thérapeutique, de requérir un avis spécialisé, de préparer une décision thérapeutique, de prescrire des produits, de prescrire ou de réaliser des prestations ou des actes, ou d'effectuer une surveillance de l'état des patients.

La définition des actes de télémédecine ainsi que leurs conditions de mise en oeuvre et de prise en charge financière sont fixées par décret, en tenant compte des déficiences de l'offre de soins dues à l'insularité et l'enclavement géographique (Article L6316-1 du Code de la Santé).

Quatre actes de Télémédecine ont été définis dans le Décret n° 2010-1229 du 19 octobre 2010 :

  • La téléconsultation, qui a pour objet de permettre à un professionnel médical de donner une consultation à distance à un patient. Un professionnel de santé peut être présent auprès du patient et, le cas échéant, assister le professionnel médical au cours de la téléconsultation. Les psychologues mentionnés à l'article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d'ordre social peuvent également être présents auprès du patient

  • La télé expertise, qui a pour objet de permettre à un professionnel médical de solliciter à distance l'avis d'un ou de plusieurs professionnels médicaux en raison de leurs formations ou de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales liées à la prise en charge d'un patient ;

  • La télésurveillance médicale, qui a pour objet de permettre à un professionnel médical d'interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d'un patient et, le cas échéant, de prendre des décisions relatives à la prise en charge de ce patient. L’enregistrement et la transmission des données peuvent être automatisés ou réalisés par le patient lui-même ou par un professionnel de santé ;

  • La téléassistance médicale, qui a pour objet de permettre à un professionnel médical d'assister à distance un autre professionnel de santé au cours de la réalisation d'un acte ;

La réponse médicale qui est apportée dans le cadre de la régulation médicale mentionnée à l'article L. 6311-2 et au troisième alinéa de l'article L. 6314-1.

La télémédecine est une conséquence logique du développement des télécommunications dans notre vie, elle est née en France suite au décret d’application de la loi HSPT de 2010.
CE N’EST PAS SIMPLEMENT UN OUTIL MAIS UN ACTE MEDICAL.

LE PROJET EN CORSE

Au vu d’une démographie médicale préoccupante en dermatologie, d’une population âgée et dépendante vivant en territoires isolés, il nous est apparu pertinent d’initier une expérimentation de télé expertise en dermatologie en milieu libéral en Corse, avec le soutien et l'accompagnement de l'ARS de Corse.

Le cadre concernait le dépistage des tumeurs cutanées et le suivi des plaies chroniques, objectifs majeurs de santé publique. Ce défi novateur a démarré en mars 2015 et il est arrivé à son terme au bout de 5 ans d’expérimentation. Une synthèse des résultats obtenus sur ces 5 années a été produite :

Nombre de médecins généralistes utilisateurs: 17 MG en Haute Corse / 9 MG en Corse du sud. AU TOTAL 26 médecins ont participé à l’expérimentation.

Participation des dermatologues experts sollictés :

5 dermatologues ont participé à cette experimentation (2 en Haute-Corse sur Bastia et 3 en Corse du sud sur Porto-Vecchio et sur Ajaccio)

Ces dermatologues ont traité à eux 5, la majorité des demandes d’avis de télé expertises avec une demande plus importante en Haute-Corse en début d’expérimentation par rapport à la Corse du sud. Cet écart a diminué au fil du temps.

Quelques chiffres

  • 1 222 demandes de télé expertises réalisées,
  • 1 202 patients concernés,
  • 98 089 km évités aux patients,
  • 885 demandes d’avis pour tumeurs dont 313 tumeurs supposées malignes tumeur.
  • 295 demandes réalisées au total pour les plaies, 113 suivis.
  • 20 % des patients ayant bénéficié d’une télé-expertise sont dépendants d’un tiers pour leurs déplacements,
  • 2042 déplacements évités sur 2444 soit environ 84 % des déplacements,
  • 867 demandes de télé-expertises concernent des patients vivants à plus de 25 km d’un dermatologue, soit 71 % des demandes.

A noter !

Sur les 1 202 Patients qui ont bénéficié d’une télé expertise, 71 % vivaient à plus de 25 km d’un dermatologue,  20 % étaient dépendants d’un tiers pour ses déplacements.

Au total, nous avons évités à ces patients sur un total de 2.444 déplacements, 2.042 trajets pour consulter un dermatologue. Seuls 370 déplacements n’ont pu être évités, souvent pour réaliser une dermoscopie en cabinet ou confirmer un cas clinique général.

Pour les demandes d’avis de tumeurs, il a été détecté 313 cas douteux ou avérés nécessitants des examens complémentaires afin de  confirmer le diagnostic.

Sur ces 313 cas, 104 tumeurs malignes ont été confirmées, soit 33 % des cas supposés.

Concernant les avis pour plaies, au total 295 demandes ont été faites par les MG, ce qui a occasionné le suivi de 113 plaies avec 34 % de guérison.

Bilan

En résumé, si nous analysons ces résultats, nous pouvons en conclure que cette expérimentation au-delà bien entendu de démontrer l’intérêt de la télémédecine pour le dépistage précoce des tumeurs et le suivi des plaies, nous éclaire également sur l’usage de ce service auprès des professionnels de santé et cible également les territoires les plus demandeurs.

Durant toute la période de notre expérimentation les actes de télémédecine n’étaient pas rentrés dans le champ conventionnel.  Toutes les expériences pionnières de télémédecine ont enfin abouti à la reconnaissance des institutionnels, et dans le droit commun de la téléconsultation en septembre 2018 et de la télémédecine en février 2019.