2015 : Médecine Libérale, l’année de tous les dangers

Lorsqu’en 2010, la loi HPST a consacré les ARS en super préfecture de la santé, les URML, devenues les URPS-ML se sont trouvées confrontées à des interlocuteurs puissants, et animés d’une frénésie de réunions COPIL et autres pôles de gouvernance qui ont failli étouffer les plus déterminés, notamment dans les petites régions comme la notre. De fait, jusqu’en 2012, l’asphyxie a été quasi-totale, et nous avons été numériquement dépassés. Le corollaire fut que malgré des rencontres multiples, la seule production visible a été celle de la redondance. A l’époque, nous avons quand même réussi à faire venir le ministre de la santé (Xavier Bertrand) jusque dans nos murs, afin de lui montrer la paralysie qui affectait tous les dossiers. Coïncidence ou pas, le DGARS a changé. Après quelques mois d’observation nous avons pu faire valoir une méthode de travail allégée et concentrée sur l’essentiel. De fait, des problématiques bloquées depuis quelques années, ont vu des dénouements favorables pour tous.
La PDSA a redémarré avec un cahier des charges négociées par les médecins de terrain. Une maison médicale de garde a vu le jour à Porto-Vecchio. L’URPS-ML de Corse a contribué à sauver l’ARCODECA avec tous les institutionnels impliqués, et a mis en place une incitation financiére pour les médecins. Nous avons soutenu le développement et l’évaluation des vidéo capsules, les recherches d’un médecin local dans le domaine du cancer, passé convention avec la ligue contre le cancer et contribuer à trouver des solutions a la difficulté du certificat de décès. Nous avons aidé les confrères engagés dans les MSP, fait valoir nos arguments face aux projets irréalistes car ne venant pas du terrain. Dans la crise de la bilharziose, nous avons permis aux professionnels de santé locaux de garder la maitrise des événements en collaboration avec les pouvoirs publics et les socio professionnels. D’autres réalisations sont en cours, comme le projet de télémédecine en dermatologie, le carnet de vaccination électronique, un congrès sur le Burn-out en juin et un autre sur la prévoyance du médecin fin septembre début octobre.

Personne n’est dupe, la crise économique est là, le malaise des médecins libéraux s’amplifie et les jeunes fuient toujours autant notre profession. Mais le climat avec l’ARS s’est apaisé, nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais les choses sont dites clairement, et notre seule motivation est de trouver les meilleures solutions pour la santé en Corse.
Dans ce contexte plus favorable, le Projet de Santé de notre ministre Marisol Touraine a créé un véritable cataclysme Depuis le mois d’octobre 2014, l’ensemble des syndicats de médecins s’est rassemblé de manière unanime contre ce texte, ce n’était plus arrivé depuis 2002. Il faut dire que le danger est énorme, presque caricatural. Tiers payant généralisé chronophage et inutile, risque de perte du secret médical, introduction des mutuelles au cœur du système de financement de la santé, pouvoir renforcé et sans conteste des ARS, réduction brutale du budget des DPC, délégations de soins qui détricotent nos métiers....autant de sujets qui mettent à mal notre profession !
Le principe même de la solidarité qui prévalait en 1945 est remis en question.
Il s’avère que ce projet est issu d’un travail de plusieurs mois, auquel ont participé les représentants de la profession sans être entendus et dont aucune des propositions n’a été retenue.
Après qu’une première fermeture des cabinets ait laissé notre ministre impavide, des négociations de travail ont repris ces derniers jours, probablement grâce à la grève de la télétransmission, mais nous sommes encore loin d’un dénouement favorable.
Devant cette situation, il nous a semblé nécessaire que L’URPS-ML de Corse informe les médecins du contenu de ce texte, et des conséquences qu’il pourra avoir pour eux, mais également pour les malades.
Notre rôle n’est pas d’appeler à la grève ou à la fermeture des cabinets, mais bien de transmettre aux médecins les informations qui leur permettront de se déterminer. L’URPS-ML de Corse met à disposition ses locaux et ses moyens, qui en l’occurrence appartiennent à tous les médecins libéraux, afin d’informer les confrères sur l’actualité de la médecine ou tout autre situation qui concernerait la profession.

D’autre part, les CPAM de Corse ont convoqué certains de nos confrères pour une sorte de procès concernant l’usage supposé abusif de la mention non substituable. Comme si les attaques répétées contre la médecine de proximité ne suffisaient pas, on oblige des confrères à se justifier d’avoir simplement fait leur travail, à savoir cherché à donner à leurs patients les médicaments qui conviennent à leur situation particulière.

Un jeune étudiant, ou récent diplômé qui observe ce lynchage programmé et les conséquences à venir de la nouvelle loi, sera très suspect de masochisme s’il choisi la voie libérale. Qui pourrait le blâmer de préférer, pour lui et sa famille, la sécurité du service public ou du salariat, ses horaires fixés par la loi, ses RTT et la tranquillité face aux URSSAF, CPAM et autres services qui nous voient de plus en plus comme des délinquants.

L’enjeu, dans cette tourmente, est de finaliser localement les projets voulus par la profession, parce que nous croyons fermement que tout le monde en bénéficiera : les médecins, leurs partenaires, mais surtout les malades, et indirectement ceux qui financent la santé. Nous restons persuadé que le système à la française, s’il doit évoluer et s’adapter, reste le meilleur pour assurer des soins de qualité au meilleur coût, et d’un accès le plus aisé pour tous. Sa perte serait une catastrophe pour ce pays. Nous sommes sûrs que 150 ans d’expertise et de terrain font de nous les meilleurs garants de ce modèle, et que notre profession sait mieux que quiconque quelles orientation elle doit prendre pour faire face aux défis actuels et futurs.

C’est pourquoi nous restons déterminés, nous continuerons à travailler avec ceux qui poursuivre le même but, et à combattre ceux qui par idéologie, aveuglement ou méconnaissance, contribuent à détruire la médecine de proximité. Nous avons besoin de tous dans cette lutte, car c’est peut être la dernière occasion qui nous est donnée d’inverser ce processus néfaste.

Dr Antoine GRISONI,
Président de l’URPS-ML de Corse